Sur le bord de l’Yonne, l’eau était calme et froide comme la mort. Et si je plongeai, oublier de respirer, de remplir ses poumons d’eau et enfin mourir.
Je me penche de plus en plus, je vois mon visage reflétant dans la lumière, une larme vient de tomber s’écrasant violement contre cette paroi invisible.
Soudain une main se pose sur mon épaule.
- pardon, ça va aller
Un homme plus âgé que moi, s’interroge, s’inquiète. Je reste sans réponse. Pourtant il ne me connaissait pas, peut-être ma tristesse lui rappelait ses moments difficiles.
- Venez avec moi, restez pas comme cela.
Je regarde l’Yonne, je l’entends couler, comme j’entends mon sang couler dans mes veines. Mon cœur bat à cent à l’heure, pourtant j’ai froid, mon corps tremble. Je me retourne. Je regarde cet homme, mon sauveur. L’œil luisant reflétant la lumière, il me souriait.
On marchait le long de l’Yonne, la lumière lunaire éclairait notre chemin. On parlait comme si on se connaissait depuis toujours. L’inconnu me raconta sa vie, ses défaites, ses victoires. Sa vie ressemblait étrangement à la mienne. Pourtant il n’a jamais cessé de se battre, toujours se relever. Même si les blessures lui font mal. Vivre jusqu’ au dernier souffle. Garder l’espoir, sa raison de vivre. Car la vie est un combat permanent, on ne né pas heureux, on le devient.
Etre heureux, est avant tout un acte égoïste. Il est faux de penser qu’on a besoin des autres pour être heureux. C’est avant tout un combat personnel. Faire régner la paix intérieure, voici la clef essentielle de la réussite. Créer une harmonie entre l’âme, le cœur et le corps. L’homme est un être complexe, il se cherche, mais il se noie dans cette société standardisée qui se veut parfaite. Si on a le malheur de ne pas rentrer dans ce moule, on est rejeté, humilié, montré du doigt comme un malpropre. L’homme a le droit à la différence. Tracer un chemin non dégagé dans cette jungle. Oser dire qu’il est heureux, même s’il n’est pas, l’histoire de se mentir et essayer d’y croire.
Je continue de marcher, mais soudain, je me retourne : l’inconnu avait disparu.
Où est-il allé, Quel était son nom. Qui était –il ?
Je lève les yeux au ciel, les étoiles me souris, la vie aussi. Doucement je m’enfonce dans la pénombre, les lumières de la ville s’éloignent. Cette nuit je n’avais pas envie de rentrer dans mon deux pièces, encore moins de dormir. Me voilà seul dans l’obscurité du doute. A poitrine se sert, j’ai du mal à respirer. Je cherche mon oxygène, mon cœur bat trop vite. J’entends dans ma tête, ce flux sanguin qui frappe mon tympan. Je m’arrête, et je m’assoie là, sur ce talus à deux pas de l’eau. Je mets mes mains froides et tremblantes sur mon visage. Et, soudain, Je craque…