Le flottage
Louis de Courmont (1828-1900)
Hurrah! Le flottage bouillonne
Et se rue au courant de l'Yonne!
Les arbres verdoyaient l'espace,
Mais le cri des bûcherons passe:
"A mort le chêne et le bouleau!"
La hache frappe à la racine;
C'est la forêt qu'on assassine!
Ses membres sont jetés à l'eau!
On les voit se choquer, se battre,
Furieusement se débattre
Dans l'écume du tourbillon !
D'aucuns se sauvent sur la rive,
Mais le croc de fer arrive,
Qui les ramène en leur sillon.
Chaque affluent, sur eux, déverse
Son flot brutal comme une averse;
Sous les ponts, à demi-broyés,
Ils traversent les prés, les villes,
Et passent, sinistres, par files,
Comme une chaîne de noyés !
Où vont-ils ? Où le flot les porte :
A Paris !... Au Havre !... Qu'importe ?
Pour eux, le calvaire est pareil !...
Mais, quand viendra l'hiver morose,
Quand, avec la dernière rose,
Pâlira le dernier soleil,
Les chants dont leur sève est imbue
Et la lumière qu'ils ont bue,
Sous le grand ciel, dans le taillis,
S'épancheront au fond de l'âtre,
En gerbe brillante et folâtre,
En blanche écume, en gazouillis !
Et la forêt qu'avril décore,
Revivra pour charmer encore
Là sur son bûcher éclatant.
Tel est le poète, dont l'âme
Eclaire et chauffe de sa flamme
Et qui se consume en chantant!
Hurrah! Le flottage bouillonne
Et se rue au courant de l'Yonne!
Pour tout connaître sur le flottage :
http://lemorvandiaupat.free.fr/flotteurs.html#poesie
http://www.dailymotion.com/video/xn7qj4_terre-de-flotteurs-le-film_travel?search_algo=1