Jeudi 15 novembre 2012 : Clamecy
Comme tous les soirs, Thierry rentre épuisé, après une journée de travail. Ce jour-là il est en retard, contrairement à ses habitudes. Clara est couchée sur son ordinateur portable. La tête incrustée sur son écran, plongée dans son projet. Comme les années changent, il y a quatre ans, elle se jetait dans ses bras, dès son arrivée. Le diner était prêt. Aujourd’hui Clara travaille. Au fil des années, elle est devenue une femme libre et indépendante. Thierry a du mal à l’accepter. Donc, à peine arrivé, il s’approche d’elle pour l’embrasser. Trop occupée à accepter ce baiser. D’un ton sec, elle lui dit :
- Ah ! Ce n’est pas trop tôt, t’as vu l’heure ?
- Oui chérie, je sais, je suis en retard.
- Bon ce n’est pas tout ! On mange, Thierry, j’ai faim !
- Oui, chérie, tu m’as préparé quel bon petit plat pour ce soir ?
- Rien du tout, il y a un plat préparé dans le deuxième tiroir du congélateur, cela suffira.
Thierry le prend sans rien dire, mais il n’en pense pas moins. Le silence vaut tous les discours. Tranquillement il met le couvert et fait réchauffer le plat. Au bout d’un quart d’heure, tout est prêt.
- Chérie, tu peux venir manger, c’est chaud.
- Oui, j’arrive…
Clara continue à taper son rapport, cinq minutes après.
- Chérie, le plat refroidit, tu viens manger !
- Oui, oui…
Cinq minutes après, excédé, Thierry ferme le capot de l’ordi et d’un ton ferme dit :
- J’ai dit on mange !
Clara était prête à exploser, mais se retient de justesse. Le couple mange tranquillement. Cependant au milieu du repas le téléphone portable de Clara sonne. Thierry demande :
- C’est qui ?
Clara répond :
- Le boulot, le directeur.
Thierry, reprend d’un air agacé :
- Il a perdu sa montre ? Il a vu l’heure ?
Sans répondre à sa remarque, Clara prend la conversation. Au bout d’une demi-heure celle-ci cesse enfin. Thierry en pleine ébullition commence à exploser.
- Et voilà comment on gâche une soirée, il voulait quoi encore ce soir ? Tu es à la maison, non pas au boulot. Tu es ma femme et non pas une secrétaire. Tu couches avec lui ou quoi ? J’en ai marre, compris…
- Tu es jaloux depuis quand, et puis je ne suis pas ta chose, seulement ta femme, et puis je ne suis pas ta bonne !
- Une bonne fait la bouffe et le ménage, et toi tu ne fais strictement rien !
- Si je te supporte, toi et tes principes, tes ordres, et l’amour dans tout cela il est où ?
- Clara ! Tu parles d’amour. Mais tu ne connais plus sa signification.
Clara rétorque d’un ton plus agressif :
- Et puis désolé si je travaille, vois-tu, je ramène ma paye !
- Mais moi aussi je travaille, tu n’es pas la seule, mais je laisse ma vie professionnelle à l’extérieur de la maison.
En pleine scène de ménage, le téléphone sonne de nouveau, cette fois c’est la charmante Alice qui demande à parler à Thierry. Clara répond, lorsqu’elle entend la voix d’Alice, son sang ne fait qu’un tour.
- Thierry, c’est ta pute d’Alice !
Clara parle assez fort pour qu’Alice entende. Thierry essaie de calmer la situation. La conversation est courte et professionnelle. Elle avait besoin d’un renseignement pour la prochaine réunion.
- Oui, parlons-en de ton boulot et ta putain d’Alice ! Qu’est-ce qu’elle voulait ta salope ?
- D’abord ce n’est pas une salope mais une collègue !
– Pour moi c’est pareil, de toute façon la renommée d’Alice dans Clamecy est un secret de polichinelle. Elle s’est tapé tous les mecs. Elle est comme sa mère, tu parles d’une famille, il y a mieux !
– Clara, tu parles pour ne rien dire. Personne n’a pu prouver ces sornettes. Mais même si c’est vrai, c’est sa vie. Elle mène sa vie comme bon lui semble !
- Enfin Thierry, tu trouves normal, qu’elle se soit fait refaire les seins ? On dirait une poupée siliconée. Sur elle, on ne voit que ses seins. Pas étonnant que les mecs s’incrustent dans le plafond, elle est montée sur ressorts !
- Clara, tu es jalouse. Oui, elle a connu des moments difficiles, mais ce n’est pas une raison pour la rejeter.
- De toute façon, tu la défendras toujours. Tu es amoureux d’elle ? Tu as déjà couché avec elle, comme tous les mecs.
- Avec Alice, j’entretiens une relation strictement professionnelle, et rien d’autre. Et pourquoi avoir une deuxième femme, tu me suffis largement, car au niveau problèmes, merci, je suis gâté !
- Tais toi, tu me mens, tu es comme les autres. Si elle te plaît va la rejoindre, ta blondasse !
- Mais je te dis qu’il n’y a rien entre nous !
- Tout Clamecy l’appelle ainsi, je ne suis pas la première, et puis un chat c’est un chat. Une pute c’est une pute. Et puis heureusement, je peux survivre. Ce n’est pas avec un salaire comme le tient que notre couple tient la route !
- Pourquoi ? Nous avons tout pour être heureux.
- Non, je ne suis pas heureuse. Vivre ne me suffit pas, je veux exister, tu entends, exister !!
- Et c’est pour cela que tu es toujours au boulot ?
- Vois-tu, avec toi je m’ennuie ! J’ai besoin de voir d’autres choses, de rencontrer des gens, de me sentir aimée, protégée. Je veux profiter de la vie tout simplement.
La discussion s’enflamme de plus en plus.
- D’abord, si tu n’es pas content de notre vie, tu quittes la maison, fais tes valises et pars…
- Tu me le dis une deuxième fois, et là, je pars et je divorce.
- Ah, enfin une bonne nouvelle ! Si tu as d’autres absurdités pareilles, je suis preneuse. Ah ! Au fait je voulais te dire que je te trompe. Oui j’ai un amant ! Alors maintenant tu fais tes valises et tu dégages.
Deux valises suffisent à Thierry pour emmener ses affaires. À peine sont-elles prêtes que Clara lui en jette une troisième en pleine face et ça fait très mal.
- Tes restes ! Je ne veux plus aucune trace de toi, compris !
Le temps avait eu raison de leur couple, vingt années foutues en l’air. Il prend alors sa voiture, et part, chercher le réconfort auprès de son meilleur ami : Pierre-André. Il est son confident, ce complice de tous les jours, son frère. Arrêté à un feu rouge il lui téléphone.
- Pierre, salut.
- Bonsoir Kinou ça va ?
- Non, j’ai besoin de te parler, je peux venir chez toi ?
- Oui, si tu veux.
- Ok, j’arrive !
Thierry arrive affolé avec ses valises. Pierre lui ouvre la porte et le laisse entrer.
- Oh, là tu vas où comme cela ?
- Je m’en vais, Clara me casse les c…
Pierre lui coupe la parole
- Du calme ! Que s’est-il passé ?
Thierry lui raconte la dispute avec Clara et sa liaison secrète. Là, Pierre change brusquement d’attitude, blanc, nerveux, cherchant ses réponses, avec une voix hésitante.
- Clara t’a dit un nom, c’est qui ? Tu as des doutes ?
- Non, je reste sans réponse, et toi, elle t’a rien dit ? Vous êtes si complices.
- Pourquoi complices ? hurle Pierre.
- Oh là ! Du calme, pourquoi montes-tu si vite en pression?
- Clara a toujours été mystérieuse, tu sais, il est difficile de pénétrer son jardin secret.
- Ok, mais pour l’instant son jardin a été labouré par un s…
Soudain la porte s’ouvre énergiquement. Clara apparaît à travers ce couloir de lumière.
- Alors Pierre, tu lui as dit !
Thierry se retourne vers Pierre.
- Vas- y, sois franc et dévoile la vérité!
Clara rétorque violemment.
- Non évidemment, t’es trop lâche. Eh bien c’est moi qui vais le faire.
- Non Clara, tu n’as pas le droit, tu l’as juré.
- Quoi, tu me fais l’amour depuis deux ans et je ne dois rien dire. Lui, je m’en moque. C’est avec toi, que je veux construire ma vie.
- N’écoute pas Clara, c’est entièrement faux.
- Pierre, tais-toi. Je ne te parle pas à toi.
- Mais l’autre c’est ton mari qui t’aime, riposte Pierre.
Clara marche vers lui, le regarde dans les yeux. Sur un ton aussi froid que la mort, lui lance ses derniers mots.
- Dégage, je ne veux plus te voir.
Thierry partit les larmes aux yeux, son univers s’écroule devant lui. Il vient passivement assisté à son exécution capitale. Il prend son véhicule et se dirige à Auxerre. Pierre n’accepte pas l’attitude de Clara. Une forte discussion se laisse entendre, dans son appartement.
- Mais tu es complétement folle, ma pauvre, qu’est-ce qui te prends ? Tu sais que c’est entièrement faux !
- Je ne veux plus le voir ! Compris ?
- En aucun cas, je ne laisserai Thierry dans cet état-là ! Je vais le rejoindre, je sais où il est parti.
- Non, ne fais pas ça !
- Je fais ce que je veux, je te rappelle. Je suis un homme libre, je n’ai aucun compte à te rendre.
Pierre se prépare pour partir, soudain Clara lui lance :
- Pierre, je te rappelle que tout ce qui se passe entre Thierry et moi. Tu es le seul fautif, tout est de ta faute !
Pierre répond :
- Tu sais, j’aurais dû dévoiler la vérité dès le départ, face à face, d’homme à homme. Maintenant Clara, tu m’écœures. Non, je ne suis pas responsable de ton désastre amoureux. C’est toi qui en es la cause. Tes jalousies, ta possessivité, ton égoïsme. Toute sa vie, Thierry s’est sacrifié pour toi et maintenant tu le jettes comme un malpropre. Tu exagères, tu n’es qu’une égoïste !
Pierre prend son manteau et se prépare à partir.
- Où vas-tu, lui demande-t-elle.
- Je vais le rejoindre, je sais où il est parti.
- Je viens avec toi !
- Pour quoi faire ? Tu veux l’achever, non, ce n’est pas la peine ! Je vais lui dire la vérité.
- Non, en aucun cas, je ne veux que tu trahisses notre secret. Rappelle-toi de ce jour-là où tu m’as juré de ne rien dévoiler et cela quoi qu’il arrive.
- Oui, mais aujourd’hui les règles du jeu ont changé.
- Alors il faudra compter sur moi, n’oublie jamais cela.
