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L'oiseau bleu

Articles avec #charles baudelaire

Le Voyage : Charles Baudelaire : Les fleurs du mal

5 Avril 2012, 23:08pm

Publié par christian rabussier

 

Poésies!

 

Notre âme est un trois-mâts
cherchant son Icarie

 

 

Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes, 
L'univers est égal à son vaste appétit. 
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes ! 
Aux yeux du souvenir que le monde est petit ! 

Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme, 
Le coeur gros de rancune et de désirs amers, 
Et nous allons, suivant le rythme de la lame, 
Berçant notre infini sur le fini des mers : 

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ; 
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns, 
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme, 
La Circé tyrannique aux dangereux parfums

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent 
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ; 
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent, 
Effacent lentement la marque des baisers. 

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent 
Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons, 
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent, 
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons ! 

Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues, 
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon, 
De vastes voluptés, changeantes, inconnues, 
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom 

II 

Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule 
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils 
La Curiosité nous tourmente et nous roule, 
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils. 

Singulière fortune où le but se déplace, 
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où ! 
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse, 
Pour trouver le repos court toujours comme un fou ! 

Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ; 
Une voix retentit sur le pont : "Ouvre l'oeil !" 
Une voix de la hune, ardente et folle, crie . 
"Amour... gloire... bonheur !" Enfer ! c'est un écueil ! 

Chaque îlot signalé par l'homme de vigie 
Est un Eldorado promis par le Destin ; 
L'Imagination qui dresse son orgie 
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin. 

Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques ! 
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer, 
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques 
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ? 

Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue, 
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis ; 
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue 
Partout où la chandelle illumine un taudis. 

III 

Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires 
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers ! 
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires, 
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers. 

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile ! 
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons, 
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile, 
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons. 

Dites, qu'avez-vous vu ? 

IV 

"Nous avons vu des astres 
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ; 
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres, 
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici. 

"La gloire du soleil sur la mer violette, 
La gloire des cités dans le soleil couchant, 
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète 
De plonger dans un ciel au reflet alléchant. 

"Les plus riches cités, les plus grands paysages, 
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux 
De ceux que le hasard fait avec les nuages. 
Et toujours le désir nous rendait soucieux ! 

"- La jouissance ajoute au désir de la force. 
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais, 
Cependant que grossit et durcit ton écorce, 
Tes branches veulent voir le soleil de plus près ! 

"Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace 
Que le cyprès ? - Pourtant nous avons, avec soin, 
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace, 
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin ! 

"Nous avons salué des idoles à trompe ; 
Des trônes constellés de joyaux lumineux ; 
Des palais ouvragés dont la féerique pompe 
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ; 

"Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ; 
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints, 
Et des jongleurs savants que le serpent caresse." 



Et puis, et puis encore ? 

VI 

"Ô cerveaux enfantins ! 
"Pour ne pas oublier la chose capitale, 
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché, 
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale, 
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché 

"La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide, 
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ; 
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide, 
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ; 

"Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ; 
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ; 
Le poison du pouvoir énervant le despote, 
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ; 

"Plusieurs religions semblables à la nôtre, 
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté, 
Comme en un lit de plume un délicat se vautre, 
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ; 

"L'Humanité bavarde, ivre de son génie, 
Et, folle maintenant comme elle était jadis, 
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie : 
Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis !" 

"Et les moins sots, hardis amants de la Démence, 
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin, 
Et se réfugiant dans l'opium immense ! 
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin." 

VII 

Amer savoir, celui qu'on tire du voyage ! 
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui, 
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image 
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui ! 

Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ; 
Pars, s'il le fàut. L'un court, et l'autre se tapit 
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste, 
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit, 

Comme le Juif errant et comme les apôtres, 
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau, 
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d'autres 
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau. 

Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine, 
Nous pourrons espérer et crier : En avant ! 
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine, 
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent, 

Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres 
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager. 
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres, 
Qui chantent : "Par ici ! vous qui voulez manger 

"Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange 
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ; 
Venez vous enivrer de la douceur étrange 
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ?" 

A l'accent familier nous devinons le spectre ; 
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous. 
"Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Électre ! " 
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux. 

VIII 

Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre ! 
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons ! 
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre, 
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons ! 

Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte ! 
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau, 
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ? 
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau ! 

 

 

http://www.poesies.net/poeme3.html

 

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L'albatros: Charles Baudelaire

5 Janvier 2011, 10:07am

Publié par christian rabussier

L'albatros

Souvent pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'azur maladroits, et honteux,

Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyage ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

 

Le poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

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Charles Baudelaire : L'albatros : Les fleurs du mal

24 Juin 2010, 20:53pm

Publié par christian rabussier

Souvent pour s'amuser, les hommes d'équipage

Prennent des albatros, vastes oisaeaux des mers,

Qui suivent, indolents compagnons de voyage,

Le navire glissant sur les gouffres amers.

 

A peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de l'Azur, maladroits et honteux,

laissent piteusement leurs grandes ailes blanches

Comme des avirons traîner à côté d'eux.

 

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !

Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !

L'un agace son bec avec un brûle-gueule,

L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

 

Le poète est semblable au prince des nuées

Qui hante la tempête et se rit de l'archer :

Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 

Les fleurs du mal

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Charles Baudelaire : L'homme et la mer : Spleen et idéal

23 Mars 2010, 10:20am

Publié par christian rabussier

Homme libre, toujours tu chériras la mer
La mer est ton miroir, tu comtemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et  ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelque fois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abimes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes.
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord.
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

Charles Baudelaire
Le Spleen de Paris

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Charles Baudelaire : La muse vénale : les fleurs du mal

22 Mars 2010, 22:34pm

Publié par christian rabussier

ô muse de mon coeur, amante des palais,
Auras-tu, quand janvier lâchera ses Borées
Durant les noirs ennuis des neigeuses soirées,
Un tison pour chauffer tes deux pieds violets ?

Ranimeras-tu donc tes épaules marbrées
Aux nocturnes rayons qui percent les volets ?
Sentant ta bourse à sec autant que ton palais,
Récolteras-tu l'or des voûtes azurées ?

Il te faut, pour gagner ton pain de chaque soir,
Comme un enfant de choeur, jouer de l'encensoir,
Chanter des Te Deum auxquels tu ne crois guère,

Ou, salambanque à jeun, étaler tes appas
Et ton rire trempé de pleurs qu'on ne voit pas,
Pour faire épanouir la rate du vulgaire.

Charles Baudelaire

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